mercredi 12 avril 2017

Chypre


Résultat de recherche d'images pour "lune sur la mer"

Un poème de mon très proche ami Cadel Ubbale

Une nuit, dans le ciel des faubourgs de Larnaca,
Un quartier de lune parfait
Avait peint sur la peau noire de la mer
Quelques frissons d'argent
Comme une excuse.

Cadel Ubbale

Génèse


C'est assez drôle de se retourner vers son passé, même s'il n'a que quelques années ; ici un peu plus de 8 ans.
Donc, je m'étais interrogé à l'origine de ce blog sur ce que j'allais en faire et s'il allait vivre, et comment ? Il fallait bien commencer et je n'avais pas vraiment d'inspiration ! Depuis, j'ai compris que ce qui m'intéressait principalement était de commettre des recensions, d'écrire sur le thème de l'architecture et de m'essayer à des traductions de chansons de Cohen. J'y colle quelques photos et je fais la collection de "phrases du jour". Je consulte périodiquement - mais sans acharnement - les "statistiques" pour constater qu'en vitesse de croisière une bonne centaine de regardeurs s'égarent ici. Avec une bonne surprise récente : ce sont les irlandais qui constituent mon meilleur "fan-club".
Ce soir, je fais du réchauffé : je sers le texte "Génèse", pierre fondatrice d'Everybody Knows.

16 Novembre 2008
A l'instant de créer ce blog, je me suis demandé : "mais que vais-je bien pouvoir inscrire comme premier message ?" Alors, assez naturellement, l m'est venu l'idée de saisir une Bible et de recopier un des passages de la Génèse qui m'apparaîtrait comme particulièrement adapté à cet instant. Et ce fut donc celui où Eve, en mangeant un fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, créé en quelque sorte la "vraie" humanité. C'est un hommage à la Femme. C'est aussi une distance par rapport au Dieu de la Bible. Je me suis arrêté avant que Dieu chasse Adam et Eve du Paradis terrestre afin de rester (et de commencer) sur une utopie.
"Or le serpent était le plus fin de tous les animaux des champs que l'Eternel Dieu avait faits ; et il dit à la femme : Quoi ! Dieu aurait-il dit : Vous ne mangerez point de tout arbre du jardin ?Et la femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point, et vous ne le toucherez point, de peur que vous ne mouriez.Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement ;Mais Dieu sait qu'au jour que vous en mangerez, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme les dieux, connaissant le bien et le mal.La femme donc voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger, et qu'il était agréable à la vue, et que cet arbre était désirable pour donner de la science, en prit du fruit et en mangea, et en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea."

Le rhinocéros de Dürer / The Dürer's rhinoceros


Jean-Bernard Véron a écrit ce petit livre à la manière d'un conte qui conduit le lecteur des rives d'un pays de cocagne, imaginaire, le sultanat de Cambaïa, jusqu'au bric-à-brac des caves du Vatican. Nous sommes au tout début du 16ème siècle et le navigateur Alfonso de Albuquerque, a été mandaté par le roi du Portugal, Emmanuel 1er, afin de pousser encore plus loin les limites de l'empire colonial portugais. Il découvre le sultanat de Cambaïa mais, alors qu'il imagine ramener pour son roi des trésors qui lui permettrait de gagner une félicité définitive, il se fait rouler dans la farine par le sultan qui lui offre une créature dont le navigateur et tout son équipage découvrent la monstruosité physique : un rhinocéros. La bête est hissée non sans mal sur le pont du Nossa Senhora de Ajuda, mais ce n'est que par la complicité de son cornac, un tout jeune homme, Oçem, qui prétend être le frère de la bête, que l'animal est dompté. S'invite à bord, impromptue, une magnifique jeune fille, Mumtaz, amoureuse d'Oçem. Le lecteur est également embarqué dans ce voyage de retour le long des côtes africaines, au sein d'un équipage pour le moins rustre et pour lequel les rares escales sont le prétexte d'excès guère reluisants ; ce qui permet à l'auteur de nous faire nous interroger sur la notion de "sauvage" (et sans doute de civilisation).

vendredi 24 mars 2017

L'écriture ou la vie de Jorge Semprun

Je crois que c'est important de lire "L'écriture ou la vie". C'est important de lire ce récit qui n'est pas simplement celui d'un jeune homme de 20 ans, déporté à Buchenwald, à quelques kilomètres de Weimar, la patrie de Goethe et de Shiller, mais le regard que porte un homme sur une vie qui ne cesse d'être une interrogation sur la mort, la mémoire du mal absolu. Semprun a choisi d'être écrivain, mais il mettra 50 ans avant d'écrire sur les latrines infectes, "lieu de libertés multiples dans le plus lointain cercle de l'enfer", sur les derniers instants de Halbwachs, cet éminent philosophe et sociologue, décomposé par une dysenterie avilissante, sur l'absence des oiseaux chassés par l'odeur du four crématoire : "fade, écœurante... l'odeur de chair brûlée sur la colline de l'Ettersberg..." ; cette même colline arpentée par Goethe. 
Aujourd'hui, dans un monde ouvert à tous les possibles où la pensée est souvent bafouée, accusée sans mesure de complicité avec les nantis, où la barbarie recouvre une légitimité, il est bon (vital) de s'interroger sur le sens de notre passage sur cette terre ; et des livres comme "L'écriture ou la vie" constituent les béquilles qu'il nous faut pour tenter d'y voir clair et ne pas oublier car "Un jour prochain, pourtant, personne n'aura plus le souvenir réel de cette odeur ; ce ne sera plus qu'une phrase, une référence littéraire, une idée d'odeur. Inodore, donc."

jeudi 23 mars 2017

Jules Lavirotte (1864-1929)

 La Fondation Taylor, sis, 1, rue La Bruyère, Paris 9ème, est à l'initiative d'une exposition sur l'oeuvre de Jules Lavirotte, architecte du Modern Style (autrement appelé "Art Nouveau) et contemporain d'Hector Guimard qui l'éclipsa quelque peu sur le plan de la notoriété.
Il n'est pas inutile de s'intéresser à cette courte période architecturale (1895-1905 environ) à une époque où l'on célèbre la représentation, où un courant que l'on pourrait dénommer "le nouveau baroque" a cessé d'être anecdotique. Car aujourd'hui, les incantations d'un Loos - "L'ornement est un crime" - ou celles d'un Mies - "Less is more" - sont plutôt battues en brèche par les laudateurs du récit pictural, du maniérisme, ou de l'écriture funambulesque.
Mais revenons à Jules Lavirotte, dont la vie ne fut pas précisément un long fleuve tranquille, même s'il connut quelques années de belle prospérité. Il a 18 ans, est en classe secondaire, quand il tombe amoureux de la femme du directeur de l'établissement qui a 7 ans de plus que lui. Sa famille - des notaires conservateurs (pléonasme ?) lyonnais - s'oppose à cet idylle scandaleuse (pour l'époque). Le jeune Jules est éloigné à Paris où il entre aux Beaux-Arts pour y suivre l'enseignement très académique de l'architecture. A 31 ans, il se désespère de sa condition, ce qu'il traduira dans une lettre : "L'architecture est une carrière idiote ! Sous tous les points de vue ; arrivé à 31 ans sans avoir gagné un sous et avec toutes les chances de ne pouvoir en gagner ensuite !!! Enfin qui vivra verra."
Saint Thomas, patron des architectes, du entendre ses jérémiades, car un an plus tard, il obtient sa première commande d'une aristocrate fortunée qui lui confie la réalisation d'un palais en Tunisie.
Un peu plus tard; c'est un de ses cousins germains qui lui demande de faire les plans d'une villa dans les environs de Lyon, puis le jeune couple ayant bien intégré l'importance des réseaux - et en particulier ceux de l'aristocratie mondaine parisienne -, les commandes d'hôtels particuliers et d'immeubles de rapport se succèdent, tous situés dans les beaux quartiers (avenue Rapp, boulevard Berthier, rue de Grenelle, etc.). C'est certainement au 29, de l'avenue Rapp que tout le talent expressionniste de Lavirotte a pu s'exprimer dans une débauche de courbes sensuelles et suggestives, rehaussées par les grès du céramiste Alexandre Bigot.

samedi 18 mars 2017

Expérimenter, Inventer, Innover, Imaginer, Réinventer : What Else ?

(Chronique Février-Mars 2017 ArchiSTORM)
Il faudrait être aveugle et sourd pour avoir échappé à cette « épidémie », ainsi que Margaux Darrieus[1] la dénomme dans une récente chronique ; cette fièvre qui s’est emparée du microcosme francilien depuis le lancement de « Réinventer Paris » en novembre 2014, et agite depuis toute consultation en « offre globale » et autres « AMI[2] ».
Mais cette injonction à l’innovation tous azimuts (« les axes d’innovation pourront être techniques, technologiques, architecturaux et constructifs, sociaux, serviciels et programmatiques », affirme Jean-Louis Missika[3]) n’aurait pas étonné le grand Oscar Niemeyer qui déclarait que « l’architecture, c’est de l’invention ».
Pas davantage du côté du regretté Peter Rice pour lequel « Toute solution implique une pensée originale, une contribution spécifique qu’il faut bien appeler une innovation. Le résultat n’a pas besoin d’être spectaculaire : il suffit que ce soit inédit ou même seulement original.[4] »

Tout un chacun pris dans l’urgence du quotidien n’a pas forcément le loisir d’avoir la hauteur de vue de ces deux figures du monde de la conception, et il est bon que nos édiles, dont il est d’usage aujourd’hui de s’interroger sur l’utilité de leurs fonctions, soient les initiateurs de ce remue-ménage – pour ne pas dire, remue-méninges. Car, comme l’affirme Philippe Aghion, Professeur au Collège de France[5], « les entreprises, comme les gens ont tendance à innover mais dans leur domaine d'expertise, dans un phénomène de dépendance au passé qui nécessite une intervention de l'Etat. »

Le projet : une communauté d’intérêts partagés
Ayant eu moi-même l’occasion de participer à un certain nombre de ces AMI(s) et la chance d’avoir pu poursuivre dans l’épreuve du concours, j’aimerais apporter le regard d’un représentant du monde de l’ingénierie et de la technique vis-à-vis de ces consultations d’un nouveau style.
Je ne dois pas cacher que je suis d’ordinaire plutôt partisan du dialogue intime entre l’architecte et l’ingénieur, tout du moins jusqu’à un certain stade de la conception ; on va dire, jusqu’à l’APD compris, au minimum. Pour savoir ce que les services techniques et méthodes d’une entreprise peuvent apporter au projet, je suis en revanche favorable à l’élargissement de ce dialogue avec les constructeurs et les industriels dès que la faisabilité économique des scénarios de conception l’exige. J’ajouterais : sous réserve que ce dialogue soit équilibré et que l’ensemble des acteurs soit mobilisé pour la réussite du projet entendu au sens de « communauté d’intérêts partagés ». Je voudrais être convaincu que l'évolution de nos métiers, sous les aiguillons du BIM et de la responsabilité sociétale liée au développement durable, conduira les générations futures à œuvrer dans cette direction.

vendredi 17 mars 2017

Kunstmuseum de Bâle


Le musée à l'architecture massive construit dans les années 30 par Rudolf Christ et Paul Bonatz s'est vu adjoindre en 2016 un tout nouveau bâtiment que l'agence bâloise Christ & Gantenbein a conçu comme "le petit frère contemporain" du bâtiment d'origine. C'est en quelque sorte une affaire de filiation puisque Rudolf Christ n'est autre que le grand-oncle d'Emmanuel Christ.
La jeune agence s'est payée au passage le luxe de battre plusieurs "starchitectes" dont Rem Koolhaas, Zaha Hadid, Peter Zumthor et Tadao Ando, tous les quatre Pritzker Price.

On peut accéder aux 3000m2 d'espace d'exposition supplémentaire qu'offre l'extension, soit directement depuis l'extérieur, soit depuis le bâtiment principal, en passant par un vaste corridor souterrain qui débouche dans une véritable nef comme sculptée dans la masse, avec son escalier majestueux en marbre gris-vert de Carrare, et des murs immenses traités dans une matérialité que je qualifierais de "primitive" pour exprimer toute la puissance qui s'en dégage. Les architectes en parle comme d'une "figure spatiale expressive et libre". Libre ? Ce n'est pas leur faire injure que d'affirmer qu'il s'agit sans doute d'une liberté contrôlée, mesurée, dessinée, conférant à cette oeuvre dans l'oeuvre une présence et une force rare.
Concernant l'extérieur, il est difficile de faire plus sobre - ce qui ne veut pas dire indigent. Et si la brique teintée grise constitue le revêtement uniforme des façades, ce "matériau du pauvre" prouve une nouvelle fois sa capacité à faire sens dans le contexte précis de cette confrontation urbaine à près d'un siècle de distance.
L'ensemble muséal recèle des petits trésors et, en particulier, deux remarquables Picasso - "L'Arlequin assis" et "Les deux frères", mais aussi des Van Gogh, Cézanne, Munch et autres Chagall, et de nombreux Hodler, "peintre de l'impossible*" découvert lors de l'exposition de 2007-2008 au Grand-Palais.
* Exposition "Hodler, Monet, Munch - Peindre l'impossible" Musée Marmottan (jusqu'en janvier 2017)

jeudi 9 mars 2017

Paris-Haussmann : what else ?

Remarquable conférence au Pavillon de l'Arsenal ce mercredi 8 mars des deux protagonistes de l'exposition présentée actuellement dans ces mêmes lieux sur l'immeuble haussmannien comme source d'inspiration pour les problématiques de la conception urbaine et architecturale d'aujourd'hui.
Umberto Napolitano, l'architecte, Franck Boutté, l'ingénieur, ont prouvé en deux heures intenses, qu'il existait une vraie complémentarité entre l'approche analytique et scientifique, et la démarche de création et de fabrication de la ville ; qu'il y avait même une impérieuse nécessité (quasi ontologique ?) à réaliser cette exégèse pour, in fine, en extraire l'essentiel ; ce qui est le contraire de l'approximatif qui caractérise trop de discours et les rabaissent au statut de bavardages. Et qu'est-ce que l'essentiel ? Cette leçon que le modèle haussmannien, à l'heure de la recherche de densité sans la compacité, de la réversibilité d'usage, de la mutualisation et de l'aménité, des économies d'énergie, pouvait constituer , après avoir été fortement décrié et longtemps humilié par le "façadisme", un référentiel pertinent.
Umberto Napolitano
Franck Boutté
Il ne reste plus alors à la modernité que de le revisiter ... avec intelligence.

mercredi 1 mars 2017

RCR, Prix PRITZKER 2017

On s'y attendait depuis pas mal de temps, et voilà, enfin !, RCR au firmament de l'architecture !
Je renvoie mes lecteurs à un article paru dans ce blog en octobre 2014, en suivant ce lien :

 http://pergame-shelter.blogspot.fr/2014/10/musee-soulages-rodez-la-cuisine.html


dimanche 26 février 2017

"Je hais l'indifférence" d'Antonio Gramsci


Extrait du livre "Je hais l'indifférence" d'Antonio Gramsci (1891-1937), philosophe et homme politique italien qui n'a pas survécu à l'emprisonnement de Mussolini. Écrit il y a tout juste 100 ans, ca n'a pas pris trop de rides ! A méditer peut-être en ces temps d'indifférence à la démocratie et d'a-responsabilité. Bon, c'est un peu long peut-être, mais ...


"Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.
L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousia
smes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.
(...)
La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien. (...)

samedi 25 février 2017

Architectures contemporaines à Porto 1ère partie.


Casa de Musica
Porto est indéniablement une destination de choix pour l'amateur d'architecture contemporaine. Patrie de deux des plus grands architectes actuels - Souto de Moura, et son mentor et Maître, Alvaro Siza- la seconde ville du Portugal s'est enrichie en 2005 d'une Casa de Musica que l'on peut qualifier de "formidable", c'est à dire "impressionnant par sa force, sa puissance", et j'ajouterais par son côté insolite et le jeu ambivalent des références vernaculaires inscrites dans ses volumes déconstruits. Oeuvre d'un monstre sacré de la star-achitecture, le néerlandais Rem Koolhaas, c'est aussi l'illustration quasi-littérale du slogan Fuck the context dont il est l'auteur, quand on sait que la Casa de Musica est en quelque sorte le "recyclage" d'un projet antérieur non abouti d'une simple maison particulière en Hollande ..., et que l'édifice apparaît comme une sorte de météorite tombé du ciel (image dont Koolhaas a lui-même usé)  ! 
Casa de Musica
Casa de Musica (intérieur)
Et pourtant, ça marche ! Le détour jusqu'à cet OVNI, et plus encore le parcours à l'intérieur, sont obligatoires. Koolhaas s'est joué des contraintes structurelles et de toute logique constructive, comme en témoigne ses murs rarement droits ou la superposition non rationnelle des volumes, et s'est régalé dans une utilisation débridée des couleurs, textures, et références historiques (notamment avec cette loggia aux azujelos ...).  Cet éclectisme, qui ailleurs pourrait passer pour une accumulation hétéroclite, participe du récit synesthésique de cette Casa de Musica, dans laquelle tous les sens sont convoqués, et qui n'est pas sans rappeler un travail antérieur au McCormick Tribune Campus Center de Chicago.
Ecole d'architecture de Porto
Ecole des Beaux-Arts
L'école d'architecture d'Alvaro Siza livrée en 1993 est constituée de plusieurs pavillons distincts sensiblement alignés de part et d'autre d'une large allée centrale pavée dont l'une des extrémités s'ouvre encore davantage sur une vaste esplanade à plusieurs terrasses, dont certaines sont plantées. L'écriture des façades, uniformément blanches, est assez caractéristique de ce qu'on a appelé "L'Ecole de Porto" avec un dessin des fenêtres et un jeu de pleins et de vides inspirés du style international, mais avec une sobriété et une élégance essentielles. Pour les curieux, il faut trouver la possibilité de se faire ouvrir le petit portillon de bois qui donne accès à une propriété patricienne située tout en haut des terrasses évoquées précédemment, dans le parc duquel se trouve l'un des tout premiers bâtiments de Siza, conçu pour abriter l'Ecole des Beaux Arts ; bâtiment actuellement vide. La végétation, dont on perçoit la gourmandise, est retenue à grand peine dans sa volonté d'enfouir cette sorte de folie.
Casa de Cha (salle de restaurant)
Casa de Cha (terrasse)

Georges-Robert Le Ricolais


Pré-stressed Monkey Saddle
On n'est pas là pour repomper Wikipédia, mais juste pour dire deux mots de cet ingénieur-artiste auquel je me suis ré-intéressé par le biais d'un petit jeu Facebook initié par l'un de mes amis qui vous attribue un artiste et vous encourage à poster quelque oeuvre de lui sur votre compte FB.

Je me suis vu attribué Le Ricolais et c'est formidable de pouvoir exhumer une figure représentative de la belle intelligence (comme on dit de la belle ouvrage), c'est-à-dire celle qui, pour s'exprimer, a l'obligation impérieuse de sortir du champ rétréci de son seul domaine d'expertise.
Donc, c'est un peu du post de FB que je reproduis ici.

mercredi 22 février 2017

"Cette nuit, je l'ai vue", de Drago Jancar

"Cette nuit, je l'ai vue comme si elle était vivante", est la première phrase du splendide roman de Drago Jancar, considéré comme le plus grand écrivain slovène actuel. 
Le personnage principal est Veronika, une femme libre, d'une beauté troublante pour tous les hommes qui l'approchent et qui tombent sous son charme indicible. Elle est mariée à Léo, un homme d'affaires riche, amoureux, attentionné. Elle aime par-dessus tout la vie, avec une forme d'innocence qui lui sera fatale. Car, par malheur - "elle était seulement au mauvais endroit, au mauvais moment" -, nous sommes dans les années sombres de la seconde guerre mondiale, dans une Slovénie sous la botte du 3ème Reich. Dans chaque camp, allemands comme partisans sont ivres de vengeance, assoiffés de représailles, livrés à leur plus bas instincts.
Le portrait de Veronika et son histoire tragique se révèlent au fur et à mesure du récit comme un tirage argentique dont les détails apparaissent progressivement sous les manipulations habiles du photographe. Drago Jancar est cet artiste manipulateur qui fait parler cinq personnages qui ont été amenés à côtoyer, de près ou de loin, Veronika : Stevo, son ex amant, brillant lieutenant de cavalerie qui finit sans gloire, en soldat déchu d'une armée vaincue ; Josipina, sa mère, qui survit misérablement dans le déni de la disparition définitive de sa fille ; Horst, le médecin allemand, ami du couple, qui refuse d'être tenu responsable du drame ; Jozi, la fidèle gouvernante qui a deviné l'issue de cette nuit glaciale où la sinistre colonne a disparu dans la forêt ; Jeranek, le paysan rustre, amoureux lui aussi de la belle châtelaine, complice passif que le remord poursuit encore 40 ans plus tard.
Il y a dans ce roman un parfum de nostalgie un peu analogue à celui du "Monde d'avant" de Stefan Zweig, ou de "Ce que j'ai voulu taire" de Sandor Maraï, mais avec une amertume, une révolte, amplifiée par la figure sublime de Véronika et l'injustice bestiale des hommes.

mardi 21 février 2017

La tante Juila et le scribouillard de Vargas Llosa

Pedro Camacho est-il bien un "scribouillard" ? C'est à dire, si l'on s'en tient à la stricte définition, un banal attaché aux écritures, un employé de bureau ; peut-être pas même un "écrivaillon", puisque celui-ci est censé produire une prose de composition - sans talent, certes, mais de composition !

Et bien, je n'en suis pas certain car la façon dont Vargas Llosa décrit l'acharnement de ce petit bonhomme à écrire relève d'une des qualités obligées de l'écrivain, avec l'imagination et le style bien sûr. Or, Pédro Camacho en a des idées, souvent invraisemblabes, tortueuses, délirantes, mais elles sont le carburant de ses "séries" dont l'audience - tout du moins à l’acmé de sa popularité - apparait tout à fait stupéfiante, jusqu'à atteindre à l'ordre public.

Récit fortement autobiographique - Vargas Llosa s'est marié effectivement avec une belle-soeur de son oncle de dix ans son aînée, et son premier succès fut un recueil de nouvelles datant de sa liaison -, le roman alterne cette folle histoire d'amour iconoclastique pour une famille de la bourgeoisie péruvienne conservatrice, et les épopées le plus souvent loufoques des personnages du "scribouillard". 
Mais le scénario lui-même de cette idylle improbable ne serait-il pas né sur la Rémington de Padro Camacho-Vargas Llosa ?

Русский и мои ирландские друзья




Я очень удивлен тем, что за последние 30 дней русская община, кто пришел в большем количестве на моем блоге. Тогда это только ирландцы и французский третий positon. Я признаю, что любопытно, что мотивирует России сюда; и почему ирландцы? Не стесняйтесь оставить мне комментарии. Спасибо всем. Мы также написать для чтения!



To my Russian and Irish friends
I am very surprised to discover that over the last 30 days, it is the Russian community that has come in greater number on my blog. Then it is the Irish and only the French in 3rd position. I confess that I am curious to know what can motivate Russians to come here; And why the Irish? Do not hesitate to leave me comments. Thank you all. We also write to be read!

dimanche 19 février 2017

"Qui a tué Palomino Molero ?" de Mario Vargas Llosa

Voilà un petit roman policier (190 pages) du Prix Nobel de littérature 2010 qui peut se lire d'une seule traite, et qui vous transporte le temps de sa lecture dans le petit village de Talara situé en bordure d'une mer "imprégnée de résidus de pétrole et des déchets des bateaux du port", sur les pas du lieutenant Silva et du sergent Lituma qui enquêtent sur l'assassinat particulièrement atroce de Palomino Molero, "le petit gars de Piura qui chantait des boléros", ou bien assis dans la taverne de Dona Adriana, une matrone bien en chair, le fantasme du lieutenant, ou encore dans le bureau su sinistre colonel Mindreau commandant de la base aérienne, pour échouer peut-être dans le bordel de Liau le Chinetoque.
Vargas Llosa parvient à faire ici cette alchimie qui relève exclusivement des grands auteurs : réussir la transmutation de 26 lettres de l'alphabet accompagnées de quelques signes complémentaires en une matière vivante.

vendredi 17 février 2017

Haussmann : what else ?

Je souhaiterais, pour le fun et le débat, apporter une petite touche contradictoire dans la "Haussmann-mania" qui s'est emparée de la blogosphère (et plus encore) depuis l'ouverture de la très sérieuse exposition traitant des vertus du bâti du célèbre baron aux rouflaquettes, au Pavillon de l'Arsenal (pour ceux qui l'ignoreraient, les rouflaquettes, ne sont pas une salle spécifique de l'Arsenal, mais cette arrogance pileuse en vigueur sous le second Empire).

Les commissaires scientifiques, Umberto Napolitano et Franck Boutté, prêtent à cet haussmannisme, avec force démonstrations chiffrées, statistifiées, numérisées, diagrammisées, toutes les vertus du "durable" - et mieux de la résilience (mot à la mode actuellement, certainement pour conjurer sa faiblesse dans notre mode de vie actuelle) - que nous autres concepteurs d'aujourd'hui tentons péniblement d'apporter dans nos constructions, à grand renfort d'artifices souvent technologiques, alors qu'il suffit de prévoir des arrières-cours sombres et plutôt odorantes des vapeurs grasses de la cuisine bourgeoise, une incontournable distribution en enfilade de pièces hiérarchisées, et en parement, une pierre qui n'existe plus, pour se rire des labels et autres certifications environnementales dont la réglementation - à défaut d'une prise de conscience responsable - nous accable. 
Il faudrait aussi resituer l'action du baron Haussmann dans son contexte historique ; comment en effet s'en abstraire quand on envisage une analyse d'une telle ampleur ; quand simplement on s'emploie à traiter de la matière architecturale et urbaine du passé ? Alors, le visiteur passionné se rappellerait que les leviers de l'autocratie et des puissances financières d'un 19ème siècle parfaitement inégalitaire et riche de ses gisements coloniaux, furent les outils indispensables à l'édification de la rue de Rivoli, de l'avenue de l'Opéra, à tous ces percements qui, s'ils offrent à Paris des perspectives urbaines impériales,  contribuèrent autant à la qualité hygiénique de la ville qu'à la faculté pour les forces de police de charger les fauteurs de troubles, dont la troupe était composée majoritairement d'expulsés des quartiers hausmmannisés, ou tout du moins de sympathisants de ces derniers.
Je n'aime pas les nivellements de corniches d'une rue de Rivoli dont le rythme mécanique trouve, dans l'accumulation de boutiques à touristes ou d'enseignes d'une société ultra consumériste, une échappatoire dérisoire à sa monotonie génétique, autant que générique . 
J'aime la sédimentation baroque, approximative, fantasque des quais de Seine du côté de Saint-Germain ; j'aime le maladroit d'une surélévation hors gabarit ; j'aime les coins de campagne oubliés des quartiers épargnés par les démolisseurs du baron ; l'industrie dans la ville et la vraie générosité qu'offre ses espaces ; je me régale de ces immeubles qui prêtent une délicate attention aux arts plastiques ; je me réjouis des facades d'un Anger-Puccinelli qui vous sculpte l'espace et l'alignement avec une matérialité étonnante. En somme, je suis un indécrottable romantique ; ce qui ne s'accorde pas ou peu avec une doxa impériale.

J'aime être surpris et le néo-haussmanien avec ses catalogues de cariatides, de ferronneries, de mascarons prêt-à-l'emploi, m'ennuient au final, comme la gamme Ikéa du prêt-à-penser décoratif. 
Enfin, je ne suis pas certain qu'un Eupalinos eut classé les œuvres du baron dans ces bâtiments qui chantent, mais je le crois plutôt enclin à les reléguer dans la catégorie des muets.
Avec tout mon respect et mon admiration pour la qualité du travail réalisé par les commissaires (et amis), et aussi une pensée pour leurs troupes sans lesquelles (selon la formule consacrée) rien de tout cela n'aurait pu exister.

.

samedi 11 février 2017

Le Facteur, film de Michael Radford

A voir, revoir. Quel film ! Une émotion rare ! L'histoire d'une rencontre improbable et merveilleuse, dans les années 50, sur une petite île italienne au large de Naples où le temps semble s'être arrêté depuis des siècles, où la seule activité est la pêche subie comme une inexorable corvée journalière, une rencontre qui se transforme en une amitié indéfectible entre un facteur occasionnel qui sait tout juste lire, Mario, et le grand poète Pablo Neruda, en exil sur ce caillou aux falaises vertigineuses, encerclé par la mer. 
C'est la poésie qui va rapprocher les deux hommes que tout sépare au premier abord, mais c'est elle aussi qui servira d'entremetteuse pour que le timide Mario conquiert le cœur de la très belle Béatrice. Cette poésie qui déclenchait à l'époque des mouvements d'enthousiasme extraordinaires ; et pas seulement dans des milieux privilégiés - le film montre que même les plus humbles avaient un respect immense pour ce qu'elle représentait. Et de Pablo ou Mario, qui était finalement le plus grand des poètes ?
Et si la poésie était l'arme fatale contre le désenchantement actuel du monde ? Si elle était ce parfum d'utopie qui nous manque si cruellement ?
On peut s'interroger sur sa désaffection aujourd'hui. N'a-t-elle pas emprunté des chemins de l'écriture trop escarpés, des itinéraires où, faute d'entrainement et de matériel sophistiqué, les tentatives pour s'y aventurer sont voués à l'échec ?
Et pourtant, il y a peut-être urgence à réconcilier la poésie et l'humanité !
On peut se réjouir que quelques appels, de-ci, de-là, se fassent entendre en faveur de l'introduction dans nos vies de davantage de ces choses qui ne rapportent matériellement rien, mais spirituellement tant ! L'art, la culture, le sacré pour reprendre les thèmes du dernier ouvrage de Roland Gori "Un monde sans esprit".

samedi 4 février 2017

Quand Fillon censurait Descartes ...

Exhumé de mes archives, ce petit texte enjoué datant de janvier 2009, dans lequel un dénommé François Fillon, probablement sénateur de la Sartre, tranche en défaveur du transfert du crâne de Descartes au Prytanée Militaire de La Flèche. Rien d'autre. On ne tire pas sur l'ambulance...

François Fillon a tranché : le crâne du philosophe René Descartes restera au Musée de l'Homme, avec ses potes (un australopithèque et le moulage du crâne d'un footballeur ; quel télescopage !),et n'ira donc pas au Prytanée Militaire de La Flèche qui en revendiquait l'exposition au prétexte que l'illustre philosophe avait été pensionnaire pendant huit ans entre ses murs, à l'époque jésuistique, bien avant que le goupillon ne le cédât au sabre.
Qu'à cela ne tienne, je suis prêt à proposer mon organe encéphalique, et sacrifier mon intégrité post-mortem en substituant mon pariétal et ses voisins anatomiques au vénérable ossuaire cartésien. Il faut raison garder en la circonstance : il ne s’agit après tout que d’accepter d’exposer une partie de son squelette, vraisemblablement la plus noble, sur les bords du Loir, au pays des rillettes et du Vert Galant ! Sans fausse modestie abusive, je dois convenir que je suis à l’heure actuelle un peu moins illustre que mon honorable ancien (bien que la messe ne soit pas totalement dite et que je dispose, je l'espère, d'un peu de répit pour atteindre une quelconque - et néanmoins improbable - postérité !).

Avec l'auteur du Discours de la Méthode, la seule chose avérée que nous partageons, est d’avoir usé nos fonds de culottes respectives pendant de trop longues années, en ce même lieu infichu, à 4’ et 34’’ près, de s’aligner sur le méridien de Greenwich.

mardi 31 janvier 2017

Quoi de neuf ? L'utopie !

« Je pense que la période 1989/2020 représentera un tournant historique au cours duquel, s’il n’y a pas de résistance, on détruira deux à trois siècles de progrès social, intellectuel et culturel. (…) L’obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Là devant, on ne peut pas se taire. » Pierre Bourdieu

Il y a deux catégories de fanatiques : les nihilistes psychotiques qui détruisent par pur plaisir et les autres (les idéologues de tout poil) qui veulent le bonheur de l’humanité à tout prix – « Nous mènerons d’une main de fer l’humanité vers le bonheur », comme cela était inscrit sur la porte des camps des Solovski. A l'exception de la première catégorie à laquelle il convient d'ajouter les masochistes et les dépressifs pathologiques, tous les hommes qui peuplent cette planète, quel que soit la couleur de leur peau, l'identité de leurs dieux ou leur statut social, tous aspirent avant tout au Bonheur, dans l'exercice plus ou moins complexe et toujours à durée limitée de leur passage sur Terre. La difficulté réside dans le fait que, dans cette aspiration à la félicité, chacun y pousse ses priorités, avec les conséquences de l'aphorisme bien connu comme quoi «le bonheur des uns fait le malheur des autres ». 
Il faudrait donc s'accorder sur une définition du bonheur ; et plutôt que d’inventer un Plus Petit Commun Multiple (PPCM) qui laisserait un champ immense aux PGCD (Plus Grand Commun Diviseur), ayons l’ambition d’un PGCM (Plus Grand Commun Multiple). Pour y parvenir, peut-être faudrait-il raisonner par l'absurde. Ainsi, interrogeons nos contemporains sur ce qui peut ou non nous conduire au bonheur : un monde fondé exclusivement sur le profit ? Une société égoïste du chacun pour soi ? Des rapports entre citoyens basés sur la  violence et la puissance ? Une priorité pour des budgets affectés à la production d’armes plutôt qu’à la culture et à l’éducation ? Une indifférence à la dignité des individus ? Des stratégies de développement qui conduisent à hypothéquer l’avenir et dont les conséquences financières à terme sont incommensurablement désastreuses ? etc. 
Il est probable qu’une majorité d’entre eux (d’entre nous) se prononce en faveur d’un rejet clair de ce sinistre tableau ; et donc, en faveur de son contraire, c’est-à-dire en faveur de ce qu’aucun dénonce aujourd’hui comme « utopique » et « irréaliste ».



En janvier 1999, dans une interview recueillie par Isabelle Rüf pour l’émission « Fin de siècle », Pierre Bourdieu disait ceci : « Je pense que la période 1989/2020 représentera un tournant historique au cours duquel, s’il n’y a pas de résistance, on détruira deux à trois siècles de progrès social, intellectuel et culturel. (…) L’obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Là devant, on ne peut pas se taire. »

samedi 28 janvier 2017

Les Soft-skills sont-elles solubles dans la formation d'ingénieur ?



Dernière chronique en date parue dans le N° d'archiSTORM de janvier-février 2017, dont le texte (extraits) est reproduit ci-dessous. Les illustrations peuvent être différentes.

Les soft skills sont-elles solubles dans la formation des ingénieurs ?
Texte et Photos : Pergame

Non, les soft skills ne sont pas un nouveau cocktail tendance ! Encore que... Car on peut trouver de tout sous cet anglicisme, depuis les recettes de cuisines permettant au futur manager de cumuler les qualités de « outoftheboxeur », « synergisant », « révolueur » ou « éconoclaste[1] », jusqu’aux démarches fondées sur le savoir-être, l’apprentissage aux défis des situations professionnelles de demain caractérisées par « l’incertitude, la complexité et l’innovation[2] ».
Halles Alstom. Ile de Nantes
Des cabinets spécialisés, mais également les programmes d’enseignement de certaines grandes écoles d’ingénieurs, dispensent très sérieusement des formations qui, en complément des matières techniques traditionnelles, mélangent théorie et pratiques sensorielles ou émotionnelles autour de concepts tels que l’empathie, l’enthousiasme, la bienveillance, voire l’éthique[3].

 Les soft skills, contrairement aux idées reçues, ne s’opposent pas aux sciences dites « dures », mesurables, quantifiables, objectives, et plutôt associées aux environnements scientifiques au sein desquels évolue l’ingénieur ; celui-là même dont on regrette trop souvent le manque d’intelligence transversale, de curiosité, de capacité à communiquer, de « culture », ainsi qu’une certaine inaptitude à travailler en équipe[4].
Halles Alstom. Ile de Nantes
Rue de Lille, un matin de 2015
Eliasson à Versailles (2016)

L’intégration de ces « compétences douces » à un corpus de connaissances scientifiques a pour objectif, non d’ajouter encore une couche au « nous devons savoir » caractéristique de la formation des ingénieurs, mais d’acquérir une réelle autonomie, le sens des responsabilités et les qualités de communication indispensables au bon exercice de leurs fonctions futures.


L'architecte américaine Jeanne GANG au TEDWomen 2016

Résultat de recherche d'images pour "jeanne gang"
TEDWomen est une manifestation sur trois jours qui enchaîne les conférences et les débats sur le thème de la capacité des femmes à être des créatrices et des facteurs de changement. Si vous voulez en savoir plus sur TEDWomen, suivez ce lien : 

Jeanne Gang est intervenue sur le thème des bâtiments qui conjuguaient la nature et la ville. Sa prestation (exceptionnelle) en suivant ce lien : 

vendredi 27 janvier 2017

Pourquoi Trump ?

Avec un sous-titre "Comprendre les fractures de l'Amérique", cet opuscule placé sous la direction d'Eric Fottorino (ex directeur du "Monde") remplit parfaitement son objectif de donner au lecteur les clés de la compréhension de cet événement insensé qui a vu s'installer (se vautrer ?) dans le fauteuil de la Maison Blanche, le 20 janvier dernier, celui qui restera dans l'histoire comme le 45ème Président des Etats-Unis - en espérant que la postérité ne retiendra pas d'autres plus sinistres performances de cet individu !
Alors : pourquoi Trump ? Bien entendu, la raison (est-ce le bon terme ?) est le fruit d'une conjugaison de facteurs où l'on trouve pèle-mêle : la révolte des "Blancs en colère", laissés pour compte d'un développement qui ne profite qu'à une minorité déjà nantie et plutôt instruite ; la contamination des cerveaux par une information diffusée via les réseaux sociaux et les émissions de télé-réalité dont "Le Donald" est le chantre ; le travail honteux des lobbies conservateurs et corrupteurs qui s'opposent à tout projet de réforme solidaire et qui manipulent l'opinion ; un système électoral confus qui donne aux 7 pays les moins peuplés qui représentent à peine 5,5 millions d'habitants, autant de représentants au Sénat que les 7 les plus peuplés avec 145 millions d'habitants ! ; la désaffection d'une proportion élevée d'américains vis-à-vis de la politique à laquelle ils ne reconnaissent plus aucune légitimité ; etc.
Tous ces facteurs se développent sur le terreau de la ségrégation et du racisme, de la vulgarité et de la "post-vérité", qui sont les outils favoris d'un milliardaire populiste, misogyne et xénophobe.
Après la question "Pourquoi Trump ?", celle qui vient immédiatement à l'esprit est : "Et pourquoi pas un ersatz du "Donald" en France ou ailleurs en Europe ?"
Réveillons-nous !


mercredi 25 janvier 2017

Le Grand Paris

Le titre du roman d'Aurélien Bellanger, pour quiconque porte un regard autre que distrait sur les questions relevant de l'urbanisme et de l'architecture en général, et du "Grand Paris" en particulier, résonne comme un appel irrémissible, une injonction, à son acquisition ; laquelle fut accomplie sans délai, aiguillonnée par "Le Moniteur" qui lui consacrait une page entière, et la perspective d'une rencontre prochaine avec l'auteur, une première fois à la remarquable librairie "Les Mots et les Choses", domiciliée à Billancourt, et une seconde à la Cité de l'Architecture. 
475 pages plus tard, nos attentes se sont-elles muées en une épiphanie à l'hybris recommandable ? Un doute subsiste lié à trois choses : 
- une relative déception de ne pas avoir été conduit pas à pas, comme dans "La Grande Arche" de Laurence Cossé, dans la fabrication de ce projet à la lumière des enjeux urbains, architecturaux et techniques qu'il mobilise, plus près des artisans - architectes et ingénieurs - de sa concrétisation ; 
- une écriture inutilement complexe par endroit qui, pour riche qu'elle est reste contaminée par un vocabulaire emphatique, et fait penser in fine à ces menus-dégustation d'une sophistication extrême au milieu desquels votre imaginaire se contenterait avec félicité d'un plat simplement roboratif ;
- une troisième partie aux tendances "houellbecquiennes" qui s'égare aux confins de l'aphélie dans les méandres probablement machinelien de considérations oiseuses sur l'islam.
Et pourtant, pourtant, ce livre est attachant. Il y a tout à la fois des fulgurances, de l'humour (les entretiens avec le "Prince"), incontestablement une langue riche (trop de notes ?), un détachement critique (les écoles de commerce, la vacuité du monde politique), de la tendresse mélangé à de la solitude.
Aurélien Bellanger prend le risque de s'attaquer à la forteresse "architecture et urbanisme" qui, en France, tolère peu d’immixtion dans son monde auto-proclamé "affaire d'experts", tout en pleurnichant sur le peu de considérations dont lui témoigne les "non-architectes" (terme ségrégationniste qu'un ténor dudit monde m'avait attribué jadis, lors d'un échange, oubliant certainement la parole de son mentor, Le Corbusier : "L'architecture c'est une tournure d'esprit, et non un métier"). 
Tout ceci compose un cocktail brillant dont il est difficile de s'extraire malgré les exercices obligés d'exégèse auxquels le lecteur doit se soumettre.
* en italique quelques termes savants du vocabulaire d'Aurélien Bellanger